À Notre-Dame-des-Landes, un homme grièvement blessé à la main par une grenade

22 mai 2018

Un homme a été grièvement blessé à la main par l’explosion d’une grenade sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes, ce mardi 22 mai, lors de heurts avec des gendarmes. Ces derniers se sont déroulés en marge des travaux de déblaiement de squats détruits, a déclaré la procureure de la République de Saint-Nazaire, Sylvie Canovas.

Selon les premiers éléments de l’enquête, des opposants s’en sont pris aux gendarmes mobiles qui sécurisaient ces travaux. Pour se dégager, les forces de l’ordre ont répliqué par des jets de grenade. C’est à ce moment-là que qu’un homme de 30 ans a eu la main arrachée en ramassant une grenade offensive GLI-F4, selon une source proche du dossier.

Affrontements ce matin dans un champ près de Bellevue.

Le lieutenant-colonel Philippe Marestin, officier presse de la Gendarmerie nationale, a précisé par téléphone à Reporterre les circonstances de la blessure :

On avait ce matin des opérations de dégagement, de déconstruction à la fois sur les axes et sur les parcelles où les structures avaient été installées illégalement au cours des deux derniers jours. Depuis ce matin on avait un certain nombre de forces déployées pour procéder à ces opérations. On avait notamment des déblaiements sur le chemin de Suez où plusieurs barricades avaient été réalisées, qu’il fallait déblayer. Nous avions des gendarmes qui étaient entre le squat de Bellevue et l’ancien squat du Chateigne, on a eu une cinquantaine d’opposants particulièrement virulents qui harcelaient les forces de l’ordre qui étaient justement en bouclage pour protéger les opérations de déblaiement. A coups de cocktails Molotov et de divers projectiles, ils empêchaient ces opérations de se dérouler normalement. Donc les gendarmes mobiles ont tiré du gaz lacrymogène — grenades lacrymogènes instantanées de classe F4 (GLI-F4), qui combinent à la fois un effet sonore, un effet de souffle et un effet lacrymogène — pour pouvoir dégager cette zone. L’un des opposants a ramassé une grenade au sol, et lorsqu’il a ramassé la grenade au sol, la grenade lui a explosé au niveau de la main. Donc il a été secouru rapidement, médicalisé, puis évacué par voie routière sur le centre hospitalier de Nantes. Il était aux alentours de midi. Le parquet de Saint-Nazaire a saisi la section de recherche de Nantes pour faire la lumière sur les circonstances de ces blessures. »

« Cet homme a été grièvement blessé à la main en ramassant une grenade et se trouve en cours d’évacuation vers un hôpital », a déclaré Sylvie Canovas, qui se rendait sur place. Son pronostic vital n’est pas engagé, selon une source proche du dossier.

Les faits se sont déroulés à proximité du lieu-dit de la Châteigne, un des habitats précaires évacués par les gendarmes la semaine dernière.

« La personne blessée a été traînée par les GM (gendarmes mobiles, ndlr) pour l’évacuer de la Chateigne, avant d’être emmenée en ambulance à 12h30 sur le chemin de Suez par la Saulce. Flics, hors de nos vies », pouvait-on lire sur le site internet de la ZAD.

Une enquête est en cours. « Les services enquêteurs procèdent aux constatations, le parquet s’est transporté, donc sur cette zone à proprement parler la situation a été gelée comme on le fait sur des situations similaires. Quand une enquête est déclenchée, on gèle de la scène pour pouvoir procéder aux investigations minutieuses, a indiqué le lieutenant-colonel Philippe Marestin à Reporterre. Après, sur la poursuite des opérations, les différents partenaires civils continuent de déblayer. En tout début d’après-midi, ils continuaient à déblayer sur d’autres secteurs. »

Dans l’après-midi, « l’équipe médic et des soignant.e.s de la Zad » ont publié un communiqué. Le voici :

Aux alentours de midi ce matin, une personne aurait été blessée gravement suite à une charge impliquant des tirs venant de la gendarmerie. La présence policière nous ayant empêché de porter secours à cette personne, nous ignorons ce qu’elle est devenue et la nature exacte de ses blessures. Depuis plusieurs semaines, nous alertons de la dangerosité avec laquelle sont utilisées les armes de la police. Nous déplorons la situation dramatique d’aujourd’hui mais n’en sommes pas surpris. Nous avons déjà dû prendre en charge plus de 300 blessés lors de ces dernières semaines suite, entre autre, à des tirs de grenades GLI-F4, grenades de désencerclements et flash-balls. Nous réaffirmons que ce que le gouvernement met en œuvre pour réprimer la Zad est susceptible chaque jour de provoquer un mort, tout cela pour continuer à détruire des maisons et lieux de vie. Nous aimerions pouvoir dire que toute la lumière sera faite sur cette affaire mais, le classement sans suite de toutes les plaintes déposées suites aux violences policières du printemps 2016 à Nantes montre bien qu’il n’y a pas de justice à attendre pour ces victimes. La situation d’aujourd’hui repose plus que jamais la question suivante : jusqu’où l’Etat est-il prêt à aller pour combattre les formes de vie collectives qui ne rentrent pas dans leurs cases ? Il faut que le dispositif policier se retire enfin de la zad et cesse ses attaques. »

Notre reporter s’est rendu sur la Zad et nous publierons demain matin mercredi un compte-rendu plus précis des événements.

  • Source : Reporterre avec Huffington Post
  • Photos :
    . Grenades usagées, le 15 avril 2018 (© Marion Esnault/Reporterre)
    . affrontements le 22 mai (Véronique Escolano)




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