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Après Hulot, les ONG espèrent un « électrochoc »

29 août 2018 / Marie Astier (Reporterre)

La démission de Nicolas Hulot n’a pas surpris les ONG de défense de l’environnement. Certaines dénonçaient depuis des mois les incohérences entre les engagements du ministre et les décisions du gouvernement.

Dans le monde des ONG écolos, la décision de Nicolas Hulot n’est finalement pas une surprise. Hier, mardi 28 août au matin aux alentours de 8 h 30, sur France Inter, le ministre de la Transition écologique et solidaire a annoncé sa démission après 15 mois au gouvernement. Il a expliqué avoir pris sa décision seul, et ne pas avoir averti le Président ou le Premier ministre.

« Chaque fois qu’on le voyait, il se posait la question de son utilité, de son efficacité », témoigne le directeur de Greenpeace France, Jean-François Julliard. « On savait que sa position était difficilement tenable. A-t-il été trop naïf face à Macron ? En tout cas, il a essayé, il a mouillé la chemise », reconnaît Jean-David Abel, vice-président de France nature environnement (FNE), principale fédération d’associations environnementales en France. « Lundi soir, après la réunion avec les chasseurs, je pensais à lui. C’est l’étincelle de trop, qui a mis le feu à la poudre d’escampette. Je pensais qu’il lâcherait plus tôt », ajoute Denez L’Hostis, président d’honneur de FNE. « Je ne voyais pas comment il pouvait aller au terme de son mandat », estime de son côté Florent Compain, président des Amis de la Terre. « C’était compliqué, il a perdu de nombreux arbitrages », observe François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures.

Les désaccords ne manquaient pas entre les décisions du gouvernement, Nicolas Hulot et les ONG. Reporterre les listait en juin dernier, à l’occasion de la parution du Hulotscope : autorisation donnée à la « bioraffinerie » de Total La Mède d’importer de l’huile de palme, échec à faire inscrire l’interdiction du glyphosate d’ici trois ans dans la loi Alimentation, abandon de l’objectif de limitation de la part du nucléaire à 50 % d’ici 2025, entrée en vigueur provisoire du Ceta (le traité de libre-échange avec le Canada)…

Cette démission est-elle donc une bonne nouvelle ? Certains estiment qu’il est encore tôt pour se prononcer. Côté WWF, « c’est indéniablement une mauvaise nouvelle pour la protection de la planète ». À l’inverse, Txetx Etcheverry, fondateur de l’association basque Bizi !, approuve : « Dimanche, l’interview d’Édouard Philippe dans le JDD déclinait la politique du gouvernement et il n’y avait pas un seul mot sur l’écologie ou la transition énergétique… » « S’il [Nicolas Hulot] pense qu’il n’est plus utile au gouvernement, je préfère qu’il démissionne », ajoute Jean-François Julliard.

« Il n’y aura plus de paravent »

Pour plusieurs observateurs écolos, la décision du ministre a au moins le mérite de clarifier l’état de fait. « Sa démission traduit ce que l’on dénonçait depuis plusieurs mois, à savoir que le climat n’est pas la priorité de ce gouvernement et qu’il y a un décalage entre le discours et les actes », estime Morgane Créach, directrice du Réseau action climat (RAC). « Les intérêts économiques priment toujours sur l’environnement. » « Il n’y aura plus de paravent, Édouard Philippe et Emmanuel Macron vont devoir assumer leur inaction en matière d’écologie », renchérit François Veillerette.

Le militant anti-pesticides a d’ailleurs apprécié la façon dont l’ex-ministre a démissionné : « Le timing est bon. Il est resté 15 mois, on ne peut pas dire qu’il n’a pas essayé, mais ce n’est pas encore trop tard. Et, pour une fois, il a pris la main face à Emmanuel Macron, qui est d’habitude le maître des horloges. Je salue aussi son honnêteté. » Le terme de « sincérité » revient également dans les déclarations de plusieurs ONG.

Sur le fond, les déclarations de Nicolas Hulot — sur l’urgence écologique ou l’impasse du libéralisme économique — ont aussi touché les défenseurs de l’environnement. « Chaque mot de ce qu’il a dit est important, souligne Txetx Etcheverry. On voit les conséquences tangibles du changement climatique, et il faut que notre génération ait un sursaut. Comme Nicolas Hulot, chacun est face à une décision lourde, et doit se poser la question de ce qu’il va faire face à cette situation. »

Le terme d’« électrochoc » revient d’ailleurs dans les déclarations de plusieurs ONG, qui espèrent que ce coup d’éclat permettra de remettre la question écologique sur le devant de la scène. Le WWF voit dans cette démission un « appel, non pas à la résignation mais à un changement structurel profond, y compris au sein de l’organisation du gouvernement. » « À nous de saisir cette occasion favorable pour enfoncer le clou », estime chez Greenpeace Jean-François Julliard.

Beaucoup de décisions essentielles pour l’écologie restent en suspens

Reste à évaluer les conséquences de ce départ sur les décisions que le gouvernement va désormais prendre en matière d’écologie. Plusieurs gros dossiers sont encore pendant. Côté énergie, la Programmation pluriannuelle de l’énergie pourrait acter — ou pas — la fermeture de plusieurs réacteurs nucléaires, et la bioraffinerie géante de Total La Mède (qui doublerait les importations d’huile de palme en France) attend encore d’obtenir — ou pas — des débouchés grâce au gouvernement. Dans le domaine des transports, le contenu de la loi de mobilité, qui doit promouvoir les alternatives à la voiture, reste encore largement mystérieux. Pour la biodiversité, la décision symbolique de réintroduire des ourses dans le Béarn n’est pas confirmée. Sur l’agriculture, la nouvelle Politique agricole commune de l’Union européenne est en cours de négociation et pourrait — ou pas — permettre une transition agricole ; l’interdiction du glyphosate d’ici trois ans reste encore à préciser ; le décret d’interdiction des néonicotinoïdes reste incomplet ; les orientations concernant la lutte contre les perturbateurs endocriniens sont encore en suspens… Autant de dossiers sur lesquels le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert — qui n’est pas connu pour ses engagements écologistes — a pour l’instant le champ libre.

Enfin, enjeu crucial, le futur budget sera parlant. « Les orientations du prochain budget de l’État devront démontrer l’ambition du gouvernement, sa prise de conscience et sa volonté de la traduire par une politique efficace et juste », estime la Fondation pour la nature et l’Homme dans un communiqué.

Alors, Nicolas Hulot pouvait-il être, finalement, encore utile au gouvernement ? « Sur une série de sujets, il servait à ce que la situation ne soit pas trop dégradée », reconnaît Jean-David Abel. « Mais tout cela montre que ce n’est pas tant la personne qui compte que la ligne politique du gouvernement. Nicolas Hulot a eu beau être populaire, ministre d’État, il n’a pas réussi à pousser ses dossiers. Je rappelle également que, lors du précédent mandat, deux ministres de l’Environnement ont été virés. Cela montre à quel point il est difficile pour le politique d’intégrer la question écologique », conclut François Veillerette.



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Lire aussi : Bilan de Nicolas Hulot : décevant, trop décevant

Source : Marie Astier pour Reporterre

Photo :
. chapô : Nicolas Hulot et des membres des associations signataires de l’Appel des solidarités, le 23 mars 2017. © Émilie Massemin/Reporterre

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