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Audrey Vernon : « Le mode de vie capitaliste est incompatible avec la vie sur Terre »

11 janvier 2018 / Entretien avec Audrey Vernon

« Comme l’écologie s’est mise à m’obséder, ma seule solution, c’est d’en faire un spectacle. » La comédienne Audrey Vernon a créé « Écologie : maintenant, il faut se battre » pour porter ce message et soutenir Reporterre. Ce spectacle sera présenté lundi 15 janvier et vous êtes invité(e)s. Son but n’est pas de déplorer, mais d’agir ensemble. Rencontre avec une comédienne qui s’engage.

Audrey Vernon est comédienne. Elle est l’auteure et l’interprète de plusieurs spectacles mêlant humour et politique, dont Comment épouser un milliardaire, Marx et Jenny, ou Fukushima, Work In Progress. Surtout, elle a créé un spectacle en soutien à Reporterre, qu’elle jouera avec Marianne Denicourt, le lundi 15 janvier prochain sur la scène de la Maison des métallos, à Paris : Écologie : maintenant, il faut se battre.


Reporterre — Comment en êtes-vous venue à l’écologie ?

Audrey Vernon — Tout est parti de la pièce Comment épouser un milliardaire. Pour préparer le spectacle, j’ai lu le livre d’Hervé Kempf Comment les riches détruisent la planète, qui m’a beaucoup marqué et a façonné mes convictions. J’ai aussi beaucoup étudié les entreprises détenues par des milliardaires, comme Apple ou Zara : derrière ces firmes se cache toujours une catastrophe écologique. Les vêtements fabriqués en polyester qui finissent en microparticules de plastique dans l’océan, les terres rares et autres composants toxiques des smartphones… Le mode de vie capitaliste est incompatible avec la vie sur Terre.


Crise sociale et écologique sont imbriquées…

Pour gagner de l’argent et faire du profit, les riches transforment la planète en matières et en objets. Sans brûler du pétrole, sans développer l’aviation, c’en est fini de cette croissance économique dont les actionnaires sont si avides. Les travailleurs, eux, demandent juste de quoi vivre de leur travail dignement, ce qui est la chose la plus naturelle… mais aussi la chose la plus dénigrée actuellement. On trouve normal que les actionnaires veuillent faire des bénéfices, mais on critique les travailleurs quand ils demandent leur dû.


Comment est né ce spectacle, « Écologie : et maintenant il faut se battre » ?

J’aime beaucoup lire en public. Sur scène, les mots résonnent différemment. Or, les textes d’auteurs et d’auteures écologistes sont méconnus et peu entendus. J’ai eu envie que le public entende ces paroles-là, et de les mettre en parallèle avec les données brutes du péril écologique : les chiffres de la pollution, de l’extinction de la biodiversité, du changement climatique.

Quand j’ai travaillé sur Fukushima, c’était très déprimant comme matière mais, pour ce spectacle, c’est pire ! En fait, Fukushima, c’est partout. Les sols, l’eau, l’air sont pollués. Les plaies du capitalisme sont omniprésentes, seulement, elles sont moins visibles qu’à Fukushima, alors on s’en rend moins compte.

« Chacun regarde ailleurs. On est en train de faire ce que l’on reproche aux générations passées de n’avoir pas fait, d’avoir laisser faire. Au contraire, il faut réagir, se battre, résister ! »

Quand je demande à mes proches de ne plus m’offrir de vêtements en plastique, ils ne comprennent pas, ils ne savent pas forcément que le polyester vient du pétrole. Je me suis rendue compte que je saoulais mes proches (rires). Je suis hypersensible : quand un sujet me touche, il m’obsède, je ne pense plus qu’à ça, je ne parle que de ça. Et comme l’écologie s’est mise à m’obséder, ma seule solution, c’est d’en faire un spectacle. Plutôt que de harceler mes proches, je me suis dit, pourquoi ne pas saouler le public ?


Le spectacle est donc constitué de lectures de textes d’auteur.e.s écologistes — Paul Watson, Jerek Densen, Hervé Kempf, Pierre Ronsard, Vandana Shiva, Armand Farrachi, Fabrice Nicolino et Lierre Keith — que vous avez choisis. Quels messages souhaitez-vous porter à travers ces textes ?

Le message est un peu abrupt : si on ne fait rien maintenant, on n’a rien à redire aux collabos qui n’ont rien fait pendant la Seconde Guerre mondiale. Chaque jour, des crimes sont commis — même s’ils n’ont pas la même forme que ceux du passé —, le capitalisme tue. Par exemple, la marque Uniqlo utilise des biocides dans la fabrication de vêtements anti-transpirants, ce qui peut causer des leucémies.

Mais, chacun regarde ailleurs. On est en train de faire ce que l’on reproche aux générations passées de n’avoir pas fait, d’avoir laisser faire. Au contraire, il faut réagir, se battre, résister !


Vous parlez d’état de guerre écologique. Y a-t-il un peu d’espoir dans ce spectacle, ou est-ce une tragédie ?

Maintenant que j’ai traversé ces textes, je me sens plus optimiste. Si on arrive à être plus nombreux et plus fédérés, on peut combattre. Il suffit que la majorité de la population le décide pour qu’en cinq minutes tout ça s’arrête. Si plus personne ne prend l’avion, nous pouvons réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre. Bien sûr, ça demande quelques sacrifices : j’ai refusé une date en Nouvelle-Calédonie car je ne veux plus prendre l’avion tant que ce ne sera pas un moyen de transport propre [Audrey Vernon a lancé une pétition Stop Flying Now]. De même, il suffirait que plus personne n’aille dans les Apple Store, pour que la firme, qui pratique l’évasion fiscale, s’effondre. Le point de basculement dont parle Susan George est devant nous. De plus en plus de personnes prennent conscience de ce qui se passe, il en faudrait peu pour que tout bascule.

« Depuis que nous sommes tout petits, on nous apprend à être des consommateurs, à être productifs. »

Avec ce spectacle, j’espère être une petite goutte d’eau qui fera déborder certains vases. L’art peut faire changer les mentalités. Le péril écologique est quelque chose de complètement nouveau et de très exigeant. Il nous demande d’arrêter de consommer et de produire, or nous n’avons pas été élevés pour ça : depuis que nous sommes tout petits, on nous apprend à être des consommateurs, à être productifs.


Il n’est prévu qu’une seule représentation de « Écologie : et maintenant il faut se battre ». Certaines de vos pièces, comme celle sur Marx, n’étaient à l’origine que de simples lectures : avez-vous envie que ce spectacle soit reproduit et soit diffusé ?

J’attends de voir le résultat sur scène lundi, mais j’ai le trac ! J’ai la chance que des acteurs que j’admire aient accepté d’y participer, comme Marianne Denicourt.

Ensuite ? Ces textes pourront être lus par d’autres, dans d’autres villes, c’est un corpus qui peut circuler. Il y aura aussi une captation vidéo, et ces images pourront être diffusées.

Surtout, j’ai fait cette soirée pour qu’elle soit un soutien à Reporterre, pour que les gens s’abonnent. Nous avons besoin d’information, mais l’information a besoin de nous. Nombre de médias sont détenus par des milliardaires qui n’ont d’autres intérêts que de vendre leurs marchandises. Arnault, Bolloré, Lagardère… Ils détiennent les clés du système médiatique, mais ils sont aussi en train de racheter des théâtres, ils payent des actrices pour qu’elles deviennent leurs égéries. Il faut faire attention car bientôt, on ne pourra plus faire d’art que si on vend en même temps des produits stupides. Et on ne pourra plus faire de l’information que si l’on promeut des produits stupides.

C’est pourquoi je suis heureuse que Reporterre existe, et heureuse de faire cette soirée, qui nous a demandé à tous un gros investissement. J’espère qu’en retour, il y aura plein de nouveaux lecteurs !

  • Propos recueillis par Lorène Lavocat

ÉCOLOGIE, MAINTENANT IL FAUT SE BATTRE

Le lundi 15 janvier, à 19 h à la Maison des métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris.


Audrey Vernon sera sur scène au théâtre Antoine le jeudi 18 janvier pour la 500e représentation de son seule-en-scène Comment épouser un milliardaire.



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Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos : © Éric Cocquelin/Reporterre

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