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Contre le lobby minier, des écologistes jouent la comédie

16 juin 2017 / Moran Kerinec (Reporterre)



À l’occasion du colloque Mines de France, plusieurs associations opposées à l’exploitation minière ont joué la comédie aux portes de l’École des Mines. Pour transmettre « un modeste message à ce lobby : il y a des habitants sur ces territoires, et nous n’acceptons pas la prédation ».

  • Paris, reportage

« Je propose de mettre aux enchères la Guyane », annonce le commissaire-priseur. L’air badin et le chapeau haut-de-forme, André Romunard, de l’association Des terres minées ! anime une vente aux enchères particulière. Au pied de l’École des Mines, le militant écologiste venu de Bretagne conduit les ventes des terrains miniers de France, secondé d’une miss Mines, d’un acolyte vampire au casque de chantier et d’un patron, cigare au bec et panama sur le crâne.

C’est par l’humour que les associations écologistes ont décidé d’atteindre les participants au colloque Mines de France ce jeudi 15 juin à l’École des Mines de Paris — c’est la plus ancienne école de France, qui forme des ingénieurs généralistes de haut niveau. Venus prêter leur voix et renforcer l’auditoire, une grosse vingtaine de militants sont présents : les membres d’Attention Mines opposés au projet minier de Silfiac (Morbihan), ceux de Desterresminées35, qui luttent contre celui de Merléac (Côtes-d’Armor), les bénévoles de Maiouri nature Guyane qui défendent le sous-sol guyanais et les militants de Stop mine Salau (Ariège). En décor de la représentation, une carte des projets miniers en France, et une longue banderole « La France n’est pas minable », écrit blanc sur noir.

« Des occasions en or, comme en Guyane en ce moment » 

La Guyane part finalement pour le prix d’une cacahuète. Il est 12 h 30, industriels, professeurs et fonctionnaires spécialistes de l’aménagement du territoire sortent déjeuner. Ils jettent un coup d’œil, parfois noir, parfois rieur, aux militants. Aucun ne s’arrête. La fine équipe n’en a cure et continue de se faire les avocats du diable. « On passe à Salau, on va y faire un creuset. Vous verrez, ça va créer des emplois ! » annonce le patron au cigare. « Et la pollution des sols ? De la nappe phréatique ? Et les habitants, ils sont négligeables ? » s’indigne-t-on dans l’auditoire. « Ils font chier ces écolos. Il faut les pendre aux arbres », rétorque le vampire.

Pendant la vente aux enchères, devant l’École des Mines, à Paris.

Au tour des élèves de sortir lors de la pause déjeuner. D’un coup, le spectacle draine une trentaine de spectateurs éphémères. « Ils sont au courant que nous ne faisons pas ça ? » interroge Martin, un élève. En discutant, il apparaît que les élèves ne sont pas au courant de la tenue du colloque dans leurs locaux, et leurs réactions sont mitigées. « Forcément, ça interpelle, commente un étudiant, mais sans avoir le contexte, on pourrait le prendre de façon personnelle », c’est-à-dire comme une critique de l’École des Mines elle-même.

Pas décontenancés, le commissaire-priseur et sa miss Mines partent au contact des élèves pour leur proposer « des occasions en or, comme en Guyane en ce moment », avant de s’embarquer dans un discours railleur à l’égard du rassemblement entre les murs de l’école : « Je voudrais dire un grand merci au ministère de l’Économie, à M. Macron et à M. Montebourg, et aux personnes réunies ici aujourd’hui. Ils sont à l’œuvre dans cette salle : c’est une journée unique, où nous bradons les terrains à tout-va. Il n’y a pas de biodiversité, d’économie locale ou de population. C’est en ma qualité de commissaire-priseur que je les vends de bon cœur, les gens n’y connaissent rien, de toute façon. La population, quand elle est informée, se manifeste et devient désagréable. »

« Une collusion entre l’État, les sociétés, l’université » 

La représentation terminée, André Romunard éclaircit le sens de l’événement : « Nous voulons envoyer un modeste message à ce lobby : il y a des habitants sur ces territoires, et nous n’acceptons pas la prédation que prépare ce lobby. » Pour le militant, l’idée est aussi de créer du lien entre les différents collectifs. « C’est compliqué, explique-t-il, chacun a ses particularités, ses batailles… Mais on arrive à faire des choses : regardez, aujourd’hui, nous avons pu assister au rassemblement du lobby minier dans toute sa splendeur : une collusion entre l’État, les sociétés, l’université... C’est excellent ! »

Représentante du réseau Maiouri Nature Guyane, Verenice observe : « Aujourd’hui se retrouve un réseau de collectifs qui travaillent chacun de leur côté pour rendre visible ces problématiques. Nous avons besoin de nous unir pour faire porter notre voix, pour rendre visible la vente aux enchères de la France. »

Depuis la relance de l’industrie minière par Arnaud Montebourg en 2012, dans le but d’améliorer l’indépendance énergétique de la France, ces associations s’unissent afin de lutter contre les déboires écologiques que l’exploitation des sous-sols peut engendrer. Pour Lauréline Lesselingue, membre de Desterresminées35, les multinationales qui investissent en France dans ce secteur « feraient de gros bénéfices, car l’ouverture d’une mine est régie par des règles très floues, qui ne sont pas adossées au code de l’environnement, explique-t-elle. Il y a en particulier l’utilisation de produits chimiques extrêmement polluants pour extraire et concentrer le minerai. Ils sont souvent mal recyclés ou stockés, ce qui met en danger la population proche des lieux d’extractions. » L’objectif final de leur démarche ? « Nous voulons que la France se saisisse du problème, qu’elle abroge tous les permis délivrés et qu’elle insuffle un vrai débat national sur les ressources minières. »




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Lire aussi : Discrètement, les projets de mines se multiplient en France

Source : Moran Kerinec pour Reporterre

Photos : © Moran Kerinec/Reporterre
. chapô : jeudi 15 juin, devant l’École des Mines, à Paris.

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