Écolos et solidaires, les cafés-restos associatifs alimentent le lien social

5 novembre 2018 / Sarah Hadrane (Reporterre)

Depuis quelques années fleurissent des cafés et restaurants associatifs d’un nouveau genre. Promouvant alimentation de qualité, considérations écologistes, partage et cohésion, ils resserrent les liens entre les habitants d’un même quartier.

  • Paris et Norroy-le-Veneur (Moselle), reportage

Dans le renfoncement d’une rue du 3e arrondissement de Paris, au centre de la capitale, se niche un petit restaurant simple et accueillant, le Troisième Café. Les gens se précipitent pour mettre les pieds sous la table dans ce lieu qui a ouvert ses portes en 2014. Avec ses différents plats et ateliers, cette structure associative cherche à habituer les consommateurs à prêter attention aux produits de leur alimentation quotidienne.

La cour du Troisième Café.

« Ici, on essaie de sensibiliser les gens à opter pour une alimentation équilibrée et des produits frais, bio et de saison. Tout est transformé dans les cuisines, on n’achète rien de congelé ou de déjà préparé, explique Anne Esambert, cofondatrice du restaurant. Nous collectons des invendus dans deux magasins bio du quartier, Bio c bon et Naturalia. Ces produits représentent au moins 50 % de notre approvisionnement en fruits et légumes », poursuit-elle. Les invendus non consommés au restaurant sont redistribués aux sans-abris.

L’équipe du Troisième Café. Anne Esambert est la deuxième en partant de la gauche.

La philosophie anti-gaspillage fait aussi partie intégrante des valeurs prônées par le Bar commun. Cette structure associative, située dans le 18e arrondissement de Paris, met à disposition un frigidaire solidaire devant le café pour inciter les citadins à ne plus jeter la nourriture mais à l’offrir aux personnes en difficulté.

Au Café fauve.

La nourriture est un premier pas vers un monde plus écologique 

Si l’implantation de ces cafés/restaurants solidaires est en hausse à Paris, la capitale n’en a pas le monopole. Depuis 2017, le Café fauve, à Norroy-le-Veneur (Moselle) a ouvert ses portes et accueille plus de 3.000 adhérents. L’idée a pris racine dans l’esprit de Thomas Nommer, qui a observé et étudié de nombreux projets autour de l’alimentation durable. « Le Café fauve, et plus globalement l’association Fauve, a pour objectif de rendre accessible l’alimentation durable. Nous cherchons donc à être exemplaires et à partager nos idées avec le plus grand nombre de gens. Le plus important est sans doute de créer du lien au niveau de notre territoire, pour relier producteurs, grand public, élus… » explique-t-il à Reporterre. Afin d’appuyer la démarche, l’association Fauve a décidé de collaborer avec La Ruche qui dit oui.

Lors d’une réunion des producteurs et des clients du Café fauve, en collaboration avec la Ruche qui dit oui.

Cette entreprise commerciale issue de l’économie collaborative existe depuis 2011. Elle met en relation les consommateurs et les agriculteurs à travers plus de 1.000 ruches dans toute la France. « Nous sommes rapidement tombés d’accord, car nos approches sont cohérentes. Et cela a permis de faire connaître à nos adhérents le super système de la Ruche, et de faire découvrir à leur public notre café », raconte Thomas Nommer.

Une productrice lors d’une rencontre avec des clients du Café fauve.

Les producteurs proposent leurs produits au Café fauve, qui va ensuite les cuisiner pour ses adhérents. Au milieu des fruits frais, des légumes et du pâté artisanal, les clients peuvent passer commande ou récupérer leur panier directement auprès des producteurs dans l’enceinte du restaurant.

Au Café fauve.

Lorsque l’on entre dans la salle principale, où tout le monde est attablé, on sent le pain frais et les effluves des plats tout juste sortis du four cuisinés par le chef Franck Ziliotto. La nourriture est un premier pas vers un monde plus écologique. « On mange plusieurs fois par jour. Mais, a contrario, certains commencent par d’autres pratiques avant de prendre conscience de l’importance de l’alimentation et de ses conséquences sur la nature », dit Thomas Nommer.

La cuisine du Café fauve et son chef, Franck Ziliotto.

Ces lieux sont, également, des espaces d’échanges et de débats qui conduisent à une réflexion sur l’environnement et sur nos modes de consommation. Chacun peut de la sorte se forger sa propre opinion et apprendre sur soi. « Je vois souvent un “consommateur durable” emmener avec lui des gens qui le sont moins, ou qui sont plus novices. Dans ces discussions, le groupe devient ambassadeur de nos sujets. Ainsi, on assiste régulièrement à des échanges sur l’alimentation durable dans notre café. On voit aussi certains habitués changer au fil des mois : ils consomment moins de viande, se montrent plus curieux de nos propositions culinaires, etc. » Comme le Troisième Café, Café fauve propose l’alternative végétarienne.

Au Café fauve.
Thomas Nommer, au Café fauve.

« On veut se transformer nous-mêmes et participer à une transformation de la société » 

Tisser des liens sociaux est l’une des qualités partagées par ces cafés/restaurants associatifs. Ils entraînent les gens à se mélanger, à se rencontrer, à se parler, quelles que soient leurs appartenances politique, géographique ou sociale. « Avant de créer le Troisième Café, une idée revenait sans cesse : il faut qu’il y ait un lieu géré par les gens qui soit convivial et qui crée des liens entre les habitants d’un même quartier », explique Anne Esambert. Pour les animateurs de ces lieux associatifs, il est important de donner une place à chacun : « Dans la société, on ne nous permet pas assez de nous rendre utiles, ou on ne renvoie pas assez aux gens cette sensation qu’ils le sont. Le Bar commun est un lieu où l’on va expérimenter des choses et permettre à tout le monde de se rendre utile et de transmettre ce qu’il sait », dit Benjamin Marteau, cofondateur du lieu.

Au Bar commun.

Dans ce café créé en 2017, les voisins du quartier sont invités à s’asseoir pour débattre, participer à différents ateliers ou simplement boire un verre. « On habite dans le 18e et on voulait un lieu où l’on pouvait faire de la politique autrement mais de manière plus ouverte, pour parler de choses concrètes et avoir des débats sur l’écologie ou autres avec des gens qui n’ont pas forcément accès à ces débats. C’est la genèse du projet », raconte Mathias Priez, bénévole depuis ses débuts au Bar commun. « Cette année, on aimerait améliorer la dimension réflexion et sédimentation d’un projet collectif », poursuit Benjamin Marteau.

L’équipe du Bar commun dont Mathias Priez (à droite) et Benjamin Marteau (deuxième à gauche).

Les associations du quartier sont également invitées à utiliser le Bar commun pour d’éventuelles réunions ou discours ouverts. Cependant le Bar Commun insiste pour que tout le monde soit invité à ces échanges et pas seulement les adhérents des associations afin de toujours mettre en valeur un esprit convivial et de rassemblement.

La solidarité reste l’un des piliers de ces cafés/restaurants. « On veut se transformer nous-mêmes et participer à une transformation de la société. Créer un modèle où chacun puisse trouver sa place et se sentir utile dans une société durable », explique Benjamin Marteau. En invitant les gens à devenir acteurs d’une société durable, ces initiatives permettent de faire de la politique autrement.



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Source : Sarah Hadrane pour Reporterre

Photos : © Sarah Hadrane/Reporterre
. chapô : au Café fauve, à Norroy-le-Veneur (Moselle).

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