Forêt de Romainville : la bataille continue

21 décembre 2018 / Sarah Hadrane (Reporterre)

Le projet de créer une base de loisirs dans la forêt de la Corniche des forts est maintenu par la région Ile-de-France et la mairie de Romainville. Elles tentent de passer en force, mais de nombreux élus régionaux et des villes voisines contestent le projet. Qui dissimule en fait une opération immobilière.

  • Romainville (Seine-Saint-Denis), reportage

Un écart de plus en plus profond se creuse entre les militants et les porteurs du projet « Ilex » : celui-ci envisage de créer une base de loisirs sur le site de cette forêt qui s’est développée naturellement sur une friche industrielle. Après une longue période d’arrêt des travaux, marqué par de fortes mobilisations et des tentatives d’expulsion des activistes exigé par la ville, la région Ile-de-France a décidé de construire 1,6 km de palissade métallique autour du site, d’un coût d’environ 150.000 euros.

« C’était lundi 26 novembre, au petit matin, des policiers étaient présents mais également beaucoup de manifestants. Ils se sont interposés chaque fois qu’ils l’ont pu pour empêcher ces travaux de clôtures de débuter. Après plusieurs heures, les personnes de l’entreprise commençaient à être assez agressifs, ils ont tourné les talons et sont partis », dit à Reporterre Julien Daniel, photographe qui travaille sur la forêt depuis le début des travaux. « Et le lendemain ils sont revenus avec une centaine de policiers, casqués, boucliers, flashballs, et un déploiement de force assez impressionnant. »

Le mercredi suivant, la ville de Romainville a décidé de faire appel à une société de gardiennage accompagné de maitre-chiens pour surveiller jour et nuit la forêt. « Je faisais des photographies de la clôture et c’est à ce moment que le garde est entré dans le champ de ma photo et a commencé à m’insulter. Avec la police on pouvait parler, là ils sont beaucoup plus agressifs », témoigne Julien Daniel.

Les élus locaux et régionaux sont divisés sur le projet

Corinne Valls, maire de Romainville, compte poursuivre les travaux. Dans le journal Le Parisien du 12 décembre, elle affirme : « Le projet a été travaillé et retravaillé en respectant l’environnement, en permettant d’accroître la biodiversité. » Un avis que ne partage pas le maire de Pantin, Bertrand Kern, dans le même journal : « Le projet de base de loisirs a vieilli. Entre-temps, la nature a repris ses droits. Et la question climatique est dans tous les esprits. On a besoin d’un poumon vert dans l’Est parisien. » De son côté, Olivier Deleu, conseiller municipal à Noisy-le-sec, appelle à discuter pour revoir le projet. « Pour sortir de la crise on pourrait refaire une concertation », tandis que Daniel Guiraud, maire des Lilas, explique : « J’ai rencontré Valérie Pécresse, présidente de la Région, et Patrick Karam, vice-président. Je leur ai rappelé que l’enquête publique s’était déroulée pendant l’été, que ça n’était pas le moment approprié et qu’il fallait remettre ça en discussion avec la population. »

Les élus de la ville de Montreuil se désolidarisent pour leur part du projet : « Considérant que dans le contexte actuel d’urgence climatique et d’actions nécessaires pour la sauvegarde de la planète, les projets d’aménagements doivent respecter plus que jamais l’environnement, les élus de la ville de Montreuil souhaitent que cet exceptionnel poumon vert dans l’Est Parisien soit pleinement respecté et valorisé », expliquent-ils dans un voeu adopté le 12 décembre.

Une opération immobilière est en cours à l’orée de la forêt.

Mais l’enjeu dépasse sans doute le site de la forêt et implique des projets immobiliers : selon l’intellectuel engagé sur ce dossier, Sylvain Piron, l’aménagement d’une base de loisirs dépend également de nouvelles constructions qui surplombent la forêt de Romainville. « L’aménagement est prévu pour valoriser les projets immobiliers plus que pour être un enjeu réel d’un espace vert », explique-t-il à Reporterre.

Les militants et associations ne lâchent pas l’affaire et rappellent que le projet Ilex avait été abandonné il y a quelques années car le sol est fortement pollué. Une étude montre que la forêt a servi de dépotoir industriel. « Ils se sont rendus compte qu’on ne pouvait pas utiliser la terre sur place car elle était trop polluée  », dit Sylvain Piron. Des nouvelles qui amènent les militants à continuer la mobilisations par des actions, comme une marche pour le climat le 8 décembre, qui a rassemblé plus de 300 personnes à Romainville, dont des associations comme A.R.B.R.E.S ou encore le collectif défense du parc Georges Valbon à la Courneuve.



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Lire aussi : La Corniche des forts de Romainville décrétée « forêt à défendre »

Source : Sarah Hadrane pour Reporterre

Photos : © Sarah Hadrane/Reporterre

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