« Irrintzina », le film qui fait du bien au mouvement écolo

11 octobre 2017 / Lorène Lavocat (Reporterre)



Sandra Blondel et Pascal Hennequin ont réalisé « Irrintzina » en s’immergeant dans le mouvement Alternatiba. La dynamique et les méthodes de désobéissance civile de celui-ci font émerger une nouvelle génération de militants climatiques.

« 2013-2017, l’épopée climatique. » Tel pourrait être le sous-titre d’Irrintzina, le cri de la génération climat, le film documentaire réalisé par Sandra Blondel et Pascal Hennequin, qui retrace l’histoire d’Alternatiba. Irrintzina, un mot ardu à prononcer, difficile à épeler, garantit l’origine basque du mouvement. Jadis un cri dont les bergers se servaient pour communiquer à distance en montagne. Aujourd’hui, « cri d’alarme et cri d’espoir » des militants de Bizi !, organisation écologiste créée à Bayonne.

C’est au printemps 2014 que Sandra Blondel et Pascal Hennequin rencontrent pour la première fois ces irréductibles Pyrénéens, dont les noms font désormais figure d’icônes écolos : Txetx Etcheverry, et Jon Palais. Leur discours sur l’urgence climatique percute les réalisateurs, autant que leur mode d’action : les villages d’alternatives pour proposer, la désobéissance civile non violente pour dénoncer. Ni une ni deux, Sandra Blondel et Pascal Hennequin se lancent corps et âme dans leur combat, et suivent les militants pas à pas pendant deux ans, caméra au poing. Une posture subjective assumée, incarnée à l’écran par la voix de Sandra Blondel narrant sa « transformation en activiste du climat ».

« Raconter l’histoire en train de s’écrire »

Le résultat, qui sortira en salle le 8 novembre, conduit les spectateurs de Bayonne à Paris sur les tandems d’Alternatiba, dans les agences BNP aux côtés des faucheurs de chaise, ou encore au Quartier génial, gymnase humide de l’île Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) qui servit de QG au mouvement pendant la COP21. Des images d’action prises sur le vif, entrecoupées d’entretiens en coulisse, comme autant de témoignages. « Nous voulions raconter l’histoire en train de s’écrire, pour garder la mémoire de ce mouvement à ses débuts », explique Sandra Blondel. D’où ce sentiment d’urgence, qui sous-tend ce documentaire cousu main, dans la précipitation des coupes, le tressautement des caméras ou les paroles parfois inaudibles. Urgence de convaincre, urgence d’agir, urgence de filmer. 350 heures de rushs en 70 jours de tournage, avec l’aide d’une dizaine de vidéastes. Pas de dentelle ni de fioriture, l’essentiel est ailleurs : « Nous voulions contrebalancer le black-out médiatique, mettre en lumière ces milliers de gens qui se mobilisent pour notre avenir », explique Pascal Hennequin.

Sandra Blondel et Pascal Hennequin.

On découvre ainsi, dans les dernières minutes du film, les violentes répressions lors du Sommet du pétrole offshore, à Pau. Des centaines de militants tout de paille sous-vêtus, avançant en groupe compact vers les barrières policières devant le Palais des congrès. Ces images de non-violence radicale, portées par la chanson « Sans arme, ni haine ni violence » de HK, laisseront pantois le plus convaincu des climatosceptiques. Et chatouilleront l’âme activiste de celles et ceux qui hésitent encore à s’engager. Dans la lignée de Merci patron ! ou de Demain, Irrintzina espère donner un nouveau souffle au mouvement Alternatiba. « Les films engagés peuvent susciter des vocations, pousser à l’action, et c’est tant mieux, car le mouvement climatique en a bien besoin », note Pascal Hennequin.

Au sortir de la salle obscure, galvanisée par le génie stratégique de ces audacieux Basques et les prouesses organisationnelles d’Alternatiba, capable de monter en quelques heures une manifestation sous haute surveillance policière à Paris lors de la COP21, on pardonne les longueurs et les emphases poétiques de la narratrice. Irrintzina est un document d’histoire avant d’être une performance cinématographique. Il nous montre comment des militants bien organisés peuvent gagner des batailles. Et cette bonne nouvelle fait du bien au mouvement écologiste.


CALENDRIER DES PROJECTIONS AVANT LA SORTIE EN SALLES LENOVEMBRE

Le documentaire est prêt depuis mars dernier, pourtant, la sortie en salle a été sans cesse reculée… et ne devrait finalement avoir lieu que le 8 novembre, en pleine COP23. Pourquoi un tel délai ? Les difficultés de distribution : pas facile en effet pour les films autoproduits de trouver des salles où projeter. Les réalisateurs comptent donc sur le bouche-à-oreille et multiplient depuis le printemps les avant-premières lors de festivals ou d’événements militants pour se faire connaître. « Les exploitants de salles programmeront plus facilement le film si les spectateurs le demandent », estiment-ils. Près de 5.000 personnes ont ainsi déjà vu le film à travers la France.

En octobre, vous pourrez donc voir Irrintzina  :

  • vendredi 13 octobre, 20h15, à Grenoble, à la Maison des artistes dans le cadre du Festival sciences en bobine ;
  • dimanche 15 octobre, 18h, Cinéma La Lutz, Peyrehorade (40), avec Jon Palais ;
  • lundi 16 octobre, cinéma le Rio, Clermont-Ferrand (63) ;
  • jeudi jeudi 19, 20h, cinéma Le Rex, Montbrison (42) ;
  • jeudi 26 octobre, séance à destination des étudiants, cinéma Le Méliès, Pau (64) ;
  • lundi 30 octobre, à Utopia, Bordeaux (33).

Le programme complet des projections est ici

  • Reporterre est partenaire d’Irrintzina, et est partenaire du mouvement Alternatiba depuis son origine.




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Lire aussi : « Irrintzina », le film qui raconte l’histoire d’Alternatiba

Source : Lorène Lavocat pour Reporterre

Photos :
. chapô : Le 26 septembre 2015, les militants du Tour Alternatiba arrivaient à Paris. © Éric Coquelin/Reporterre
. portraits : © Lorène Lavocat/Reporterre

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