L’art délicat du semis au Jardin sans pétrole

17 mars 2018 / Christine Laurent (Reporterre)

Il est l’heure de semer les graines de certaines plantes en pleine terre, mais d’autres germent d’abord en semis, sous serre ou derrière une fenêtre. Une étape au cours de laquelle hydratation, lumière et nutriments sont essentiels.

On entend les pinsons des arbres et les jonquilles jaunissent sous leur calice, l’air est joyeux et ensoleillé. J’ai apporté ma fiole d’huile à l’ail cru pour asperger le pêcher avant que les bourgeons n’explosent et bien sûr des graines… Les pois, les fèves, la roquette sont semés en pleine terre tandis que les radis et les poireaux d’hiver sont mis à l’abri dans le châssis. Nous allons attendre encore un peu pour les salades de printemps, la cressonnette marocaine et les mélanges de mesclun, les carottes et la coriandre. Le retour du froid est attendu.

Chant du pinson mâle (Fringilla coelebs).
Le pinson mâle, aimable chanteur.

J’ai aussi apporté les plants de côte de bette et de betterave démarrés sur le bord de la fenêtre. Ils sont chétifs mais sous la serre, ils profiteront mieux du soleil. Installés dans une cuvette avec un fond d’eau, chacun dans un godet, ils devraient avoir suffisamment d’humidité sans pour autant que les racines ne pourrissent. Plus tard, quand les risques de gel seront vraiment écartés, nous pourrons brancher un goutte à goutte. Je ne peux pas envahir les bords de fenêtres de mes amis dont les appartements bénéficient d’un meilleur ensoleillement que le nôtre avec tous mes semis. Je réserve leur accueil bienveillant aux plants de tomate !

Chaque année, les semis sont une étape périlleuse. Nous en faisons peu, préférant cultiver les plantes vivaces et laisser celles montées en graines se semer spontanément. Les plantules qui risquent un accident de chaussure parce qu’elles ont germé dans le passage peuvent être facilement déplacées ! Ainsi, j’ai constaté que l’arroche rouge, la cressonnette, les courgettes, les soucis reviennent d’une année sur l’autre. Cette année, j’attends les carottes, plante bisannuelle qui produit une belle racine comestible la première année, que nous avons laissée fleurir et se reproduire l’année dernière. Mais le retour spontané des plantes potagères reste hasardeux. Par précaution, et parce que la germination spontanée a aussi ses aléas liés à la température, à la pluie, à la profondeur d’enfouissement de la graine, au tassement du sol, nous continuons à faire des semis, cherchant des solutions pour éviter qu’ils ne filent…

Derrière une fenêtre, souvent à proximité d’un radiateur, avec deux arrosages quotidiens, les graines germent sans problème. La plantule utilise alors les réserves des cotylédons pour grandir mais, pour passer à l’étape suivante, à savoir fabriquer sa propre matière, la lumière devient indispensable. Alors, les semis fabriquent de la tige et s’étirent autant qu’ils peuvent pour capter l’énergie. S’ils ne la trouvent pas en quantité suffisante, ils cessent de croître et, épuisés, ils s’étiolent. Sans énergie, pas de photosynthèse !

Le processus de la photosynthèse.

Cette réaction chimique est fondamentale, la seule à permettre la transformation d’éléments minéraux en molécules organiques, de passer de l’inerte au vivant. Elle se déroule dans les feuilles et plus précisément dans les chloroplastes, présents dans les cellules végétales, à condition de disposer de carbone, d’énergie, d’eau et de sels minéraux. Il s’y forme alors de l’amidon, un sucre complexe dont la plante va se nourrir pour croître et fructifier. Il faut que je trouve un meilleur plan pour mes tomates. La fenêtre de ma chère voisine n’est pas assez lumineuse et dans la serre, je crains qu’il fasse encore un peu froid. Vivement le mois d’avril.




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Lire aussi : De l’art de bien répartir les plantes pour se passer des pesticides

Source : Christine Laurent pour Reporterre

Son : Patrick Verhaeghe sur Youtube

Images :
. chapô : semi de tomate. Pixabay (CC0)
. Pinson mâle (Fringilla coelebs)
. photosynthèse : wikimedia



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  Chant du pinson mâle (Fringilla coelebs).
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