L’oligarchie a choisi Strauss-Kahn. Et nous ?

23 décembre 2010 / Jean-Pierre Lefebvre

"Comment la gauche pourrait-elle soutenir
l’incarnation même de la crise capitaliste, chargé par ses patrons des marchés mondiaux de la faire payer aux salariés ?"


En 2012 au deuxième tour, la gauche peut être appelée à voter pour le
candidat socialiste pour faire barrage à Sarkozy. Quelles que soient nos réserves sur les « primaires » organisées par le parti socialiste, qui visent aussi à affaiblir l’impact d’un candidat anticapitaliste clair, nous pouvons sans doute être placés devant un choix impossible si Dominique Strauss-Kahn (DSK) est désigné. Comme jadis entre Poher et Pompidou, ce serait encore une fois Bonnet blanc et Blanc bonnet !

C’est en effet Sarkozy qui, après Kouchner, Besson, Rocard, etc., est
allé débaucher du PS Strauss Kahn pour le faire élire à la direction du FMI (Fonds monétaire international) avec la bénédiction des USA. DSK est SON directeur du FMI.

Pour Henri Emmanuelli, dirigeant du PS, le FMI n’a lancé aucune alerte
sérieuse sur l’explosion inconsidérée des liquidités et les risques de
dérégulation financière : quand 700 000 milliards d’Euros, douze fois le PIB
mondial sont en circulation comme outils financiers incontrôlés, masse
financière hors de proportion avec l’économie réelle. Il s’interroge : les acteurs financiers sont-ils les mieux placés pour rétablir plus de justice et la confiance dans l’avenir ? Faut-il demander à ceux qui n’ont rien vu venir d’être les sauveurs ?

Pour Arnaud Montebourg, il faut réguler les marchés, imposer les transactions financières, stopper la désindustrialisation de la France (deux millions d’emplois industriels perdus en vingt ans) en usant d’un protectionnisme souple à l’égard du dumping unilatéral chinois. DSK est pour le libre échange à la mode américaine, donc pour la poursuite des délocalisations !

Le peuple grec est matraqué par le FMI de l’exquis DSK qui diminue les
retraites, les salaires, les avantages sociaux en imposant une politique de
rigueur sordide sous la pression des marchés quand ce sont eux qui, par
leur spéculation, ont conduit à la crise. Les spéculateurs font s’envoler
les taux d’intérêts que la Grèce, condamnée à la pire austérité, n’aura
aucun moyen de rembourser. Les Grecs manifestent contre DSK, huant son effigie sur leurs pancartes. Comment la gauche pourrait-elle soutenir
l’incarnation même de la crise capitaliste, chargé par ses patrons des marchés mondiaux de la faire payer aux salariés ?

En 2007, l’opération Ségolène avait imposé par médias et sondeurs au peuple de gauche une candidate médiocre qui louchait déjà à droite, faisant
ainsi gagner Sarkozy au second tour.

Les mêmes veulent rééditer leur mauvais coup visant à fausser le jeu démocratique. DSK est placé artificiellement en tête des sondages car il est absent de la bataille politique sur le terrain, telle l’Arlésienne.

Ce sont en fait les électeurs de droite qui le placent en tête des candidats de gauche, ce qui est un record dans la manipulation politicienne !

Pourtant le sondage de Libération du 16 décembre ne peut empêcher qu’un peu de vérité transparaisse : les mots qui reviennent le plus souvent sur DSK, dit le journal, sont finance, argent, rigueur, par contre, ils ne sont seulement que 9 % des sondés à lui faire correspondre le terme gauche, 6 % celui de France, 4 % celui de catégories populaires… !

DSK a été le mauvais génie de Jospin, privatisant à outrance les nationalisations et lui conseillant de désengager l’Etat lors des menaces de licenciements chez Michelin, ce qui a conduit à la défaite de 2002 et au succès de Le Pen au premier tour.

DSK vient au FMI de se déclarer hostile aux 35 heures, réforme vitale de la gauche contre le chômage ! Il vient de se prononcer contre la retraite à 60 ans en pleine bataille contre Sarkozy ! Est-il partisan de l’augmentation des minima sociaux ? Que pense-t-il de l’apartheid israélien qui aggrave le fossé avec les Arabes, entretenant une dangereuse tension, foyer possible d’un conflit mondial ?

Avec ses déficits, la France est inscrite sous le regard des marchés
spéculatifs qui, après la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne, rêvent de lui vendre des emprunts ruineux dont nous devrons payer l’addition en conduisant la France à la ruine et les agioteurs à l’enrichissement sans cause.

Laisser accéder DSK à l’Elysée, c’est faire entrer un autre loup dans la bergerie et s’orienter demain vers une austérité drastique, diminuer les salaires, augmenter le chômage, rogner sur les retraites et les avantages sociaux, afin de permettre à ses amis milliardaires, Bettencourt et consorts, de rafler quelques yachts ou îles paradisiaques de plus ! C’est reculer pour cinq ans encore la perspective de changements anticapitalistes profonds, seule issue à la crise générale !

Le peuple français ne peut se laisser berner par les manipulations des actionnaires du CAC 40 visant à préserver leurs scandaleux privilèges. Se laisser imposer leur homme lige plutôt qu’un candidat clairement hostile aux bourses et aux banques serait faire le jeu des racistes et populistes d’extrême droite en risquant de retrouver une autre Le Pen au second tour.





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Source : Courriel à Reporterre.

Contact : jean-pierre.lefebvre15 (at) wanadoo.fr

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