Le député Matthieu Orphelin quitte le groupe LREM

6 février 2019

Le député Matthieu Orphelin a annoncé ce mercredi 6 février dans l’après-midi sa décision de quitter le groupe La République en marche (LREM), invoquant notamment des avancées insuffisantes sur les « enjeux climatiques, écologiques et sociaux », et critiquant « certains choix » du gouvernement. Dans un courriel adressé à ses collègues « marcheurs », dont l’AFP a obtenu copie, l’élu du Maine-et-Loire explique avoir « pris la décision de quitter le groupe parlementaire LREM » après avoir « fait tout (s)on possible » pour « porter haut l’écologie » depuis qu’il a rejoint En marche en janvier 2017.

Il évoque avec son départ « une décision lourde de sens ». Elle intervient cinq mois après le départ du gouvernement de Nicolas Hulot et au lendemain du vote sur la proposition de loi dite « anti-casseurs », sur laquelle il s’est abstenu, étant notamment opposé à la mise en place d’une interdiction administrative de manifester. Il a expliqué craindre les conséquences si elle était utilisée par « un futur régime mal intentionné ».

Autre déception, il avait défendu l’inscription de l’interdiction du glyphosate dans la loi Agriculture et Alimentation, refusée par le gouvernement.

Tout en ne mésestimant « aucune des avancées obtenues depuis 20 mois  », l’ex-porte-parole de la Fondation Nicolas Hulot (2012-2015) affirme que la majorité n’est « malheureusement au bon rythme sur aucun des grands chantiers de la transition », y voyant « un échec collectif ». « Plus grave, nous ne nous donnons plus les moyens d’y être, ni de tenir nos engagements, prisonniers de logiques budgétaires et d’arbitrages politiques de court terme », déplore-t-il.


Le courriel envoyé par M. Orphelin aux députés LREM

Chères et chers collègues,

J’ai pris la décision de quitter le groupe parlementaire LREM.

C’est une décision lourde de sens, qui sera effective dans quelques jours.

Je pars après avoir fait tout mon possible, depuis que j’ai rejoint l’aventure En Marche, dès janvier 2017, pour que nous réussissions ensemble à porter haut l’écologie.

Je ne mésestime aucune des avancées obtenues depuis 20 mois, elles sont notre bilan commun. Je sais l’énergie qu’il nous a fallu déployer pour les obtenir, puis essayer que chacune se concrétise, face aux conservatismes et au lobby de l’immobilisme.

Mais il est impossible pour moi ne pas mesurer l’écart qu’il nous reste à combler pour être à la hauteur des enjeux climatiques, écologiques et sociaux.

Nous ne sommes malheureusement au bon rythme sur aucun des grands chantiers de la transition (rénovation énergétique des logements et des bâtiments tertiaires, lutte contre la précarité énergétique, déploiement des énergies renouvelables et du stockage, transition agricole et alimentation durable, accompagnement des agriculteurs dans la sortie des pesticides, financement des infrastructures de transport et déploiement des nouvelles mobilités, basculement vers l’économie circulaire et la consommation durable, taxe sur les transactions financières, régulation du commerce international…). C’est un échec collectif.

Plus grave, nous ne nous donnons plus les moyens d’y être, ni de tenir nos engagements, prisonniers de logiques budgétaires et d’arbitrages politiques de court terme.

La transition écologique doit être juste, et ne pas être invoquée uniquement quand elle permet des rentrées fiscales. Elle peut être beaucoup mieux concertée et accompagnée, notamment pour les acteurs et les citoyens les plus exposés. Nous avions fait depuis longtemps de nombreuses propositions et alertes sur ce thème. Certaines ont été entendues, d’autres, pourtant essentielles, non.

Par ailleurs, certains choix politiques du gouvernement -souvent non prévus dans le projet présidentiel-, me semblent contradictoires avec l’idée de plus de justice fiscale. J’entends les arguments de ceux qui font ces choix, mais ne les partage pas car ils me paraissent incompatibles avec les nouvelles priorités qu’il faudrait se donner face à l’urgence sociale et écologique.

J’aimerais tant que l’on voit enfin la transition en grand, en faisant 10 fois plus, sans aucun regret, tant les bénéfices pour nos territoires et l’emploi seraient importants.

Le Grand Débat National est un temps démocratique utile pour changer de cap et je continuerai à mettre toute mon énergie pour qu’il réussisse. Mais le gouvernement et la majorité doivent bien l’avoir en tête : à son terme, seules des décisions historiques, en particulier sur la justice fiscale ou l’accompagnement dans la transition écologique, permettront qu’il apaise durablement le pays.

Il y a enfin la question des valeurs communes, le plus essentiel de ce qui nous rassemble. L’égalité et la lutte contre toutes les formes de discriminations sont non négociables, toute hésitation est coupable. Il en est de même quant au respect des libertés fondamentales et des droits humains.

Sur tout cela, depuis 20 mois à l’Assemblée, j’ai, avec tant d’entre vous, souvent alerté, travaillé et toujours proposé collectivement. Je ne regrette rien, car j’ai tout tenté.

A tous les marcheurs et marcheuses formidables du Maine-et-Loire, avec qui nous avons partagé tant de moments exceptionnels depuis deux ans : sachez que je serai toujours là pour porter avec vous, sur le terrain, des solutions pour améliorer la vie et préparer l’avenir. Ce que nous avons défendu ensemble dans les campagnes présidentielle et législative restera ma feuille de route jusqu’en 2022, avec la volonté d’accélérer la transition écologique et solidaire. A Angers et en Anjou, on le sait si bien : l’envie de faire ensemble compte tellement plus que les étiquettes politiques.

Enfin, un mot pour vous chers collègues du groupe LREM. J’ai eu le plaisir de travailler avec tant de députées et députés épatants au sein de notre groupe, des collègues exceptionnels, chacun dans son style. Cette biodiversité de parcours, de talents, d’opinions, d’analyses, est une vraie richesse. Je répondrai toujours présent quand il s’agira de porter avec vous, à l’Assemblée, des avancées réelles pour l’écologie et la solidarité.

Je ne baisse pas les bras et je poursuivrai mon combat militant et politique, en particulier à travers le collectif trans-partisan « Accélérons la transition écologique et solidaire ! », aux côtés de toutes celles et tous ceux pour qui l’écologie et la solidarité comptent. Une seule ambition : être utile à ces causes pour lesquelles je me bats depuis plus de vingt ans.

A très bientôt donc,

Matthieu.

  • Source : Reporterre et Le Télégramme
  • Photo : © Émilie Massemin/Reporterre



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