Les feuilles mortes nourrissent la vie de la terre

3 novembre 2018 / Christine Laurent (Reporterre)

Au Jardin sans pétrole, il est temps de préparer la terre à l’hiver en la recouvrant d’orties et de feuilles mortes, dans un mélange fertile de matières azotées et carbonées.

Le froid est arrivé avec quelques pluies salutaires. Il faut s’activer pour ne pas se refroidir. Tandis que Jean-Marie démonte les structures qui protégeaient les tomates, je pars avec la brouette et le râteau à feuille glaner dans le centre équestre de la bonne biomasse couvrante.

J’aime ce rituel jardinier qui consiste à ramasser les feuilles mortes et à les rapporter dans le jardin pour protéger et nourrir la terre. La vapeur d’eau sort de la bouche quand nous parlons, l’odeur des feuilles nourrit l’imaginaire de forêt vivante, habitée. Dans la répétition du geste, la pensée peut s’éloigner. Sur la terrasse de l’accueil des cavaliers, le sol est jonché de feuilles. Cette année, elles sont passées directement du vert au brun et sont toutes rabougries. Les arbres qui poussent là sont des variétés horticoles d’espèces exotiques, dont les feuilles sont les premières à tomber. Elles sont faciles à balayer et j’en remplis deux brouettes en peu de temps. Pour équilibrer cette matière carbonée, je pars ensuite à la recherche d’orties, riches en azote. Il y a eu plein de repousses sur le chemin à côté du dépôt de fumier. J’étale les orties, puis les recouvre avec les feuilles mortes. Il faut compter trois quarts d’heure pour une planche de culture. Je poursuivrai cet exercice les semaines à venir, quand le vent et la pluie emporteront les feuilles des chênes et des hêtres de la forêt toute proche. Ce n’est pas encore le cas, l’heure n’est pas venue du grand recyclage et du retour de l’humidité, qui attirent les cloportes, les araignées, les fourmis, les vers de terre, les champignons et leurs filaments interminables et le monde invisible des microorganismes. La vie grouillante, sous nos pieds, dont nous aspirons au bien-être, qui prépare dans le silence le retour du printemps.

Nous voici avec une pleine cagette de tomates, plus vertes que mûres, mais ainsi plus faciles à transporter sur nos bicyclettes. La tomate est un fruit dit climatérique, comme la pomme, la banane ou la poire, dont le mûrissement est provoqué par l’émission d’un gaz, l’éthylène, grâce à une hormone végétale qui joue un rôle important dans la sénescence des feuilles et des fleurs. Ce gaz qui fait aussi vieillir les plantes en stoppant notamment leur production de chlorophylle est par ailleurs la molécule (C2H4) la plus produite au monde par l’homme pour faire mûrir les fruits dans des usines ou pour fabriquer les montagnes de plastique qui finissent dans les océans.




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Source : Christine Laurent pour Reporterre

Photos :
. chapô : Pixabay (CC0)
. tomates : © Christine Laurent/Reporterre

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