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Marches pour le climat : les organisateurs changent de parcours mais pas de cap

7 décembre 2018 / Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

Les organisateurs des marches pour le climat de samedi 8 décembre n’ont pas cédé aux demandes de report formulées par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, et de Nicolas Hulot. Les cortèges, notamment le parisien, défileront, certains en présence des Gilets jaunes.

À la Maison des canaux, dans le dix-neuvième arrondissement de Paris, une joyeuse troupe s’affaire mercredi 5 décembre autour de tables en tréteau. Cutters, crayons et pinceaux en main, Alain, Catherine, Hugo, Laura et Odile fabriquent des pancartes avec des pièces de carton. Bientôt, elles seront couvertes de couleurs et de sens, prêtes à ornementer l’avancée d’un cortège.

Alain, le doyen de la bande, a un petit faible pour les slogans « à valeur affective », tels « Papy, c’est quoi une abeille ? » ou « Sauvons la planète, c’est le seul endroit où il y a du chocolat ». « Ça prend aux tripes », glisse le sexagénaire. Alain dessine ses mots à main levée, quand sa camarade Catherine trace ses lettres méthodiquement, toujours à la règle. « Ce n’est pas une formation à la désobéissance civile qu’il faut faire, c’est une formation graphisme ! » s’amuse-t-elle.

Alain, à la Maison des canaux, mercredi 5 décembre.

Ce samedi 8 décembre, les pancartes de la maison des canaux égaieront l’avancée de milliers de marcheurs réunis pour le climat. Ces rassemblements seront organisés dans près de 130 villes de France, pour la troisième fois depuis la démission de Nicolas Hulot, le 28 août dernier.

Lundi 3 décembre, le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, avait invité les organisateurs du cortège parisien « à ne pas maintenir cette manifestation », qui coïncide avec « l’acte 4 » du mouvement des Gilets jaunes. Nicolas Hulot avait abondé dans ce sens, jugeant le lendemain que ce n’était pas « le bon moment ». Les organisateurs de la marche - Les Amis de la Terre, Attac, Alternatiba, ANV-COP 21, Il est encore temps... - ont refusé. Ils assurent tout mettre en œuvre pour que la marche conserve un esprit familial, ouvert, non violent, festif et déterminé pour le climat.

« Le risque de l’inaction climatique nous apparaît plus grand que le risque de manifester » 

Les modalités de sécurisation du cortège sont étudiées en lien avec la préfecture de police de Paris et le nombre de bénévoles mobilisés pour encadrer le cortège parisien a été doublé. Le tracé de la marche, initialement dessiné de Trocadéro à la place Joffre, a même été adapté « pour que les gens se sentent à l’aise avec des poussettes, avec mamie, papy », explique Gabriel Mazzolini, chargé de mobilisation aux Amis de la Terre. Le cortège sera finalement éloigné des Champs-Élysées, où sont attendus des Gilets jaunes, et partira à 14 h de la place de la Nation, pour se terminer par un rassemblement place de la République avec des prises de paroles suivies d’un concert.

À la Maison des canaux, mercredi 5 décembre.

« Nous ne pouvons reporter le changement climatique, alors il est hors de question de repousser la marche, dit Yacine Ait Kaci, coorganisateur de ces marches et porte-parole du collectif Citoyen pour le climat. Le risque de l’inaction climatique nous apparaît plus grand que le risque de manifester, à l’heure où l’écrasante majorité des pays signataires de l’accord de Paris ne respectent pas leurs engagements. »

Selon les projections du Global Carbon Project (GCP), un consortium scientifique international, les émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2) — force motrice du changement climatique actuel — auraient encore augmenté de 2,7 % entre 2017 et 2018. « Dans ce contexte, seul un mouvement citoyen de masse peut faire basculer radicalement notre système », estime Pauline Boyer, porte-parole d’Alternatiba.

En vue d’amplifier la lutte contre l’inaction climatique, les associations voient d’un bon œil le mouvement des Gilets jaunes. « Il n’y a pas de rupture entre nos mouvements, ils ne sont pas contradictoires », pense Elliot Lepers, directeur de l’ONG Le Mouvement. Il déplore « les tentatives du gouvernement d’opposer les Français démunis aux bobos du climat ».

« Nos problèmes sont les mêmes, déclare le réalisateur Cyril Dion. Les problèmes de fins de mois et de fin du monde sont nourris par un même modèle de recherche du profit à court terme, qui considère les gens et la nature comme des variables d’ajustement. » Le réalisateur du film Demain convie Gilets jaunes et défenseurs du climat à s’unir au sein d’un même cortège, samedi, et à avancer autour d’une « volonté commune de transformer notre modèle, nos institutions ».

« En entrant en confrontation avec les forces de l’ordre, les Gilets jaunes finissent par être entendus »

En trois semaines d’une mobilisation protéiforme, les Gilets jaunes sont parvenus à faire plier l’Élysée, qui leur a concédé l’annulation de la hausse des taxes sur les carburants. De quoi inciter, aussi, les associations écologistes à réviser leurs stratégies pour se faire entendre ? « Le fait que le gouvernement ne réagisse qu’à partir du moment où une statue est cassée ou des voitures brûlées crée un précédent grave pour la République », juge Elliot Lepers. « Nous ne sommes pas d’accord avec cette manière de discuter, nous ne pouvons pas entrer dans un cercle de la violence pour obtenir du dialogue social », ajoute-t-il, en se remémorant pourtant les « heures que nous passons en réunion à l’Élysée, à Matignon ou en interpellant nos parlementaires, et qui n’aboutissent à rien ».

Cyril Dion, qui se considère lui-même comme profondément non violent, concède s’interroger quant à la posture à adopter : « J’observe l’émergence de mouvements de désobéissance non violents qui vont plus loin, y compris des opérations de blocage qui forcent les responsables politiques et la population à s’intéresser à un certain nombre de sujets. Je pense que le mouvement écologique doit aller vers ça. » Aux personnes qui hésitent à descendre dans la rue samedi, il demande d’être « courageux » : « Je sais bien que les images étaient très impressionnantes la semaine dernière, mais en entrant en confrontation avec les forces de l’ordre, les Gilets jaunes finissent par être entendus. Si nous, aujourd’hui, on reste à la maison au premier obstacle, que voulez-vous qu’il se produise ? »

Sur les quais de Seine, à la Maison des canaux, Alain et ses amis promettent de ne pas se débiner. Une pancarte patiente sur un coin de table, prête à recevoir ses derniers coups de pinceau. Sa surface teintée de blanc est parée de ces mots : "Gilets jaunes x Planète bleue = Tous en vert". Alain en est fier.


« EST-CE QUON EST BIENVENUS ? » « OUI, ILS NOUS ONT INVITÉS ! »

Après les succès des marches pour le climat du 8 septembre et du 13 octobre, dans la foulée de la démission de Nicolas Hulot, l’élan se poursuit ce samedi 8 décembre avec près de 130 marches organisées à travers la France. Dans certaines villes, à Bayonne, Lille, Marseille ou encore Amiens, les rangs des marcheurs seront renforcés par des Gilets jaunes dans un cortège uni par la justice écologique et sociale.

Mercredi 5 décembre, au rond-point de Près d’Arènes de Montpellier (Hérault), une dame s’est emparée du mégaphone pour inviter les Gilets jaunes présents à rallier la marche montpelliéraine pour le climat. « Est-ce qu’on est bienvenus ? » s’est demandé l’un d’eux. « Oui, ils nous ont invités ! » lui a répondu un autre. « Ah, ben c’est bien, en plus comme ils ont un service d’ordre, on est sûr que ça restera pacifique », s’est exclamé un troisième. La proposition a été accueillie par des applaudissements. Une réunion était prévue jeudi soir pour définir les modalités de leur présence à la marche. Certains pourraient venir affublés de gilets jaunes et de brassards verts, voire de gilets verts.



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Lire aussi : De la démission de Hulot à la « marche pour le climat » : l’histoire d’un élan spontané

Source : Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre

Photos : © Alexandre-Reza Kokabi/Reporterre
. chapô : une des pancarte fabriquée mercredi 5 décembre, à la Maison des canaux, à Paris.

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