Monsieur le ministre Hulot, nous vous transmettons quelques lettres...

16 juin 2017 / Camille Martin (Reporterre)



Heureux de jouer son rôle de vigie de l’écologie, Reporterre a reçu de nombreuses lettres destinées au ministre de la Transition écologique et solidaire. Qui va avoir fort à faire ! Nous les lui transmettons bien volontiers.

Monsieur le ministre, cher Nicolas Hulot,

Pardon de vous déranger en pleines élections législatives. Entre les sorties de M. Trump, la campagne électorale d’En Marche ! à laquelle vous avez participé, le G7 de l’environnement et les rencontres avec les associations, vous devez être très occupé, bien loin des 32 h hebdomadaires prônés par les écologistes ! Mais notre demande est urgente.

Depuis votre nomination à la tête du ministère de la Transition écologique et solidaire le 17 mai, nous recevons régulièrement des lettres qui vous sont adressées. Peu à peu, la boîte mel de notre rédaction s’est retrouvée saturée de courriels, missives, billets estampillés « Pour M. Hulot ».

D’abord flattés par cette mission de médiateur de l’écologie, nous voici débordés. Afin de ne pas devenir des égarés dans des labyrinthes épistolaires et cybernétiques, nous avons décidé de passer à l’action. Par la présente, nous vous prions donc, monsieur le ministre, de bien vouloir répondre aux inquiétudes et questionnements des nombreux collectifs et associations !

Lettre du collectif Stop-Ceta

Comme vous le savez sûrement, le parlement canadien a ratifié l’accord Ceta le 17 mai dernier, ce qui le rend applicable bien avant sa ratification par l’ensemble des états de l’Union européenne. Scandalisé, le collectif Stop-Tafta de Bourg-en-Bresse vous a ainsi écrit le 10 juin dernier. « La mise en œuvre de cet accord pourrait relancer la recherche dans nos sous-sols européens d’hydrocarbures non conventionnels, gaz et huiles de schiste », écrivent-ils. Vous avez plusieurs fois manifesté, notamment en 2011 aux côtés d’Eva Joly contre les gaz de schiste, arguant qu’il s’agissait d’une « civilisation du gâchis ». Nous sommes donc certains que vous trouverez la question que le collectif vous pose pertinente, et ne manquerez pas d’y trouver une réponse adéquate : comment ferez-vous pour que le Ceta ne soit pas climaticide et anti-Accord de Paris ?

Lettre à Nicolas Hulot à propos du Ceta.
Manifestation contre le Ceta à Strasbourg, en février 2017.

Lettre des opposants au gaz de couche en Lorraine

Après les gaz de schiste, les gaz de couche ! Attentifs, plusieurs collectifs se rappellent vos paroles lors de la COP21 : « (…) la cohérence est que l’humanité doit renoncer volontairement à 70-80 % des énergies fossiles déjà connues qu’elle a sous les pieds. » La réponse à leur interrogation devrait donc pour vous être simple : pourquoi continuer à renouveler ou à prolonger des permis de recherche, comme ce fut encore le cas ces derniers mois (permis du Valenciennois, permis Attila [Meuse], permis de Claracq…), alors qu’il faudrait que la France soit exemplaire et n’autorise pas, sur son propre sol, la recherche de nouvelles énergies fossiles, surtout lorsqu’elles sont extrêmement polluantes ?

Lettre à Nicolas Hulot sur le gaz de couche

Lettre des opposants à l’A45

Vous serez également réceptif, nous le parions, à la lettre que les opposants à l’A45 vous ont envoyée le 24 mai. Ne vous êtes-vous pas déclaré en 2009 « contre la construction de nouvelles autoroutes » et n’avez-vous pas dit, le 8 juin dernier : « À un moment ou un autre, le développement autoroutier, il va falloir y mettre un terme » ? L’A45, cette deuxième autoroute (payante), parallèle à la première (gratuite), qui relierait les faubourgs de Lyon à ceux de Saint-Étienne, doit faire l’objet d’un décret ministériel donnant concession à l’entreprise Vinci. Comme le temps presse — l’urgence écologique est partout ! —, la coordination d’opposants se permet d’insister : « Ce projet d’autoroute, aussi inutile que coûteux, qui détruirait des territoires et des fermes qui alimentent les métropoles lyonnaise et stéphanoise en produits de qualité, n’est pas climato-compatible et contrevient à la protection de la biodiversité. » Elle vous invite d’ailleurs à venir rencontrer les paysans, habitants, citoyens et élus locaux qui se mobilisent les 1 et 2 juillet à Saint-Maurice-sur-Dargoire. L’occasion de faire la fête après les législatives !

Portion de l’A47, l’autoroute entre Lyon et Saint-Étienne censée être délestée par la construction de l’A45.
Lettre à Nicolas Hulot à propos de l’A45.

Lettre des élus du Rassemblement citoyen, écologiste et solidaire sur le Center Parcs de Roybon

Toujours à propos de ces projets inutiles qui minent nos territoires, un groupe d’élus d’Auvergne–Rhône-Alpes vous alertent sur le projet d’implantation du village de vacances Center Parcs à Roybon, dans la forêt des Chambaran (Isère), qui pourrait détruire 200 ha de zones humides. Ce centre de loisirs comporterait notamment des bulles tropicales chauffées en permanence à 29 °C. Les émissaires espèrent une réponse rapide de votre part, car le Conseil d’État doit se prononcer ce mois-ci. Reporterre publie l’intégralité de cette lettre dans son édition du samedi 17 juin.

Lettres des hiboux de Bure, et d’autres, sur les pailles en plastique, les téléphones portables, les mines d’uranium, et sur la centrale à biomasse de l’Yonne

D’autres drôles d’oiseaux vous ont adressé une missive par hibou voyageur : les opposants à la poubelle nucléaire Cigéo, à Bure. Nous avons déjà relayé leurs demandes. Notons aussi la lettre-pétition qui vous est adressée contre les pailles en plastique. Une lettre vous alerte sur les dangers des téléphones portables et le manque de transparence de l’Agence des radiofréquences.

Par ailleurs, le Collectif Mines d’uranium, qui regroupe 15 associations en France et au Niger avec la CRIIRAD comme conseiller scientifique, s’est réuni début juin à Lavoine dans l’Allier. Rappelant que plus de 250 mines d’uranium, aujourd’hui sous la responsabilité d’Areva, ont laissé plusieurs centaines de millions de tonnes de déchets radioactifs et créent un lourd problème de santé publique, le Collectif demande à vous rencontrer.

Les représentants du Collectif mines d’uranium, réunis début juin, demandent à rencontrer le ministre.

Jetez aussi un oeil, monsieur le Ministre, sur cette missive qui vous signale le projet bien peu écologique, malgré les apparences, de la centrale à biomasse de Tonnerre, dans l’Yonne.

Lettre sur la centrale à biomasse dans l’Yonne

Lettre sur le droit à l’eau

La Coalition Eau, la Fondation Danielle Mitterrand et Coordination Eau Ile-de-France vous ont demandé un rendez-vous afin de vous alerter sur le fait que le droit à l’eau n’est toujours pas inscrit dans la loi française. Un enjeu essentiel alors que « plus de 220 000 personnes sont privées de logement et n’ont pas accès à l’eau et à l’assainissement (personnes sans domicile fixe, migrants, Roms) et plus de 2 millions de personnes vivent dans des conditions de logement très difficiles sans eau courante, toilettes ni installations sanitaires. »

Lettre sur le droit à l’eau.

Lettre sur l’homme et la nature

Pas facile d’être ministre, surtout dans un gouvernement qui ne semble pas avoir un grand engouement pour les questions environnementales. Vous devenez d’un seul coup le héraut des causes écolos, mais beaucoup craignent de vous voir devenir aphone, imprégné par des perturbateurs d’endoctrinement macroniens. Nous ne pourrons donc pas ici citer l’ensemble des lettres reçues pour vous, mais sachez que plusieurs de nos lectrices et lecteurs suivent avec attention vos faits et gestes… Ainsi, Michel nous a demandé de vous transmettre son soutien et vous souhaite bonne chance. Mais il a été quelque peu chagriné par votre déclaration à l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, quand vous avez repris la célèbre phrase du géographe Elisée Reclus : « L’homme est la nature qui prend conscience d’elle-même ».

« L’homme conscience de la nature est un modèle illusoire et erroné », puisque, comme l’indique ce lecteur, « l’homme est tout bêtement biodiversité », il n’est pas à part de son environnement. La question de Michel pourrait donc être également un bon sujet pour le bac de philosophie : « Êtes-vous pour le développement de l’homme, des humains, ou pour le développement de la biodiversité entière, comme l’avenir de nos enfants le suggère ? »

Lettre de Michel Maruca.

N’allez pas croire que vos concitoyens doutent de votre capacité à gagner les multiples bras de fer qui pourraient vous opposer au Premier ministre, au président, et au reste du gouvernement auquel vous appartenez… non ! C’est sans doute parce que vous êtes la dernière bouée de sauvetage d’une écologie en passe de se noyer dans un océan de réformes néolibérales, notre oasis verte dans un désert productiviste, comme le disait Yannick Jadot.

Dans l’attente de réponses à tous ces courriers, nous vous prions de bien vouloir recevoir, monsieur le ministre, nos salutations écologistes les plus sincères.

La rédaction de Reporterre




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Source : Camille Martin pour Reporterre et les collectifs et particuliers qui nous ont fait parvenir des lettres ouvertes.

Photos :
. chapô : Moran Kerinec/Reporterre
. Ceta : Flickr (Stop TTIP/CC BY-SA 2.0)
. A47 : Wikipedia (Tabl-trai/CC BY-SA 3.0)
. Collectif des mines d’uranium : DR.



Documents disponibles

  Lettre de Michel Maruca.   Lettre à Nicolas Hulot à propos du Ceta.   Lettre à Nicolas Hulot à propos de l’A45.   Lettre à Nicolas Hulot sur le gaz de couche   Lettre sur le droit à l’eau.   Lettre sur la centrale à biomasse dans l’Yonne
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