Notre-Dame-des-Landes : le kit de Reporterre pour comprendre où on en est

7 avril 2018 / Émilie Massemin (Reporterre)

Une intervention policière massive pourrait se produire dès lundi contre la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Elle fait suite à l’abandon en janvier du projet d’aéroport, et aux tentatives de proposer un nouvel avenir pour ces terres de zone humide. Reporterre détaille les enjeux et tout ce qui s’est passé depuis trois mois.

Après avoir annoncé l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, le 17 janvier 2018, le Premier ministre, Édouard Philippe, a déclaré que les habitants « illégaux » de la Zad de Notre-Dame-des-Landes devraient quitter les lieux avant le printemps. Alors que l’échéance est là, Reporterre vous propose un point sur :

. les menaces d’expulsion,
. l’avenir des terres agricoles de la Zad,
. les rebondissements des derniers mois.


LA MENACE DE L’EXPULSION

En juillet 2017, sur la Zad.

Le 8 mars, la préfète de la région Pays de la Loire et de la Loire-Atlantique, Nicole Klein, a confirmé que les expulsions auraient lieu le 31 mars. Dans une tribune publiée sur Reporterre, un collectif d’avocats a contesté la légalité d’une telle opération, aux motifs que la Zad ne constituait pas un trouble à l’ordre public et qu’aucune expulsion ne pouvait avoir lieu sans décision de justice et ordonnance :

Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de l’association Droit au logement, signalait déjà le caractère illégal d’expulsions sans décision de justice ni ordonnances sur requête, dans une interview publiée sur Reporterre, le 31 janvier 2018 :

De leur côté, les habitants de la Zad ont manifesté à de nombreuses reprises leur volonté de rester sur la Zad et d’y poursuivre leurs multiples activités et expérimentations agricoles, sociales, politiques et culturelles, comme en témoignent leurs tribunes que nous avons publiées :



QUE VONT DEVENIR LES TERRES AGRICOLES DE LA ZAD ?

Vue aérienne de la Zad.

Après l’abandon du projet d’aéroport se pose la question de l’avenir des 1.650 hectares de terres de la Zad, dont 550 hectares sont exploités en fermage, 450 hectares par des agriculteurs « résistants » et 250 hectares gérés collectivement par le collectif Sème ta Zad, sans oublier 400 hectares de haies, bois et routes.

Deux visions s’affrontent : d’un côté, la Chambre d’agriculture et le syndicat agricole majoritaire (la FNSEA) plaident pour un retour à la normale ; de l’autre, associations et zadistes revendiquent ensemble une gestion collective et la place pour des expérimentations agricoles.

Pour l’instant, si elle a refusé de confier la gestion des terres à la Chambre d’agriculture, la préfète de la région Pays de la Loire Nicole Klein a dit que l’État excluait la possibilité de rester propriétaire des terres et donc d’en déléguer la gestion à une entité telle que l’association :

La première réunion du comité de pilotage sur l’avenir des terres agricoles de la Zad, animée par la préfète de la région Pays de la Loire et de la Loire-Atlantique, Nicole Klein, a eu lieu lundi 19 mars à la préfecture de Loire-Atlantique. En parallèle de cette réunion avait lieu un rassemblement devant la préfecture, à l’appel d’une partie du mouvement des opposants à l’aéroport (essentiellement des paysans du collectif Copain 44 et des habitants de la Zad) déterminés à mettre la pression sur des négociations où les habitants de la Zad n’ont pas été invités. La prochaine réunion devrait avoir lieu au mois de juin :

La question est cruciale pour tous et notamment certains agriculteurs qui ont déménagé leur activité sur la Zad, comme Virginie Philippe et Xavier Richard, paysans-herboristes auparavant installés en Ille-et-Vilaine :

Dans une interview publiée par Reporterre le 5 janvier 2018, l’eurodéputé écologiste José Bové préconisait un bail emphytéotique de longue durée entre l’État et les habitants de la Zad pour que ces derniers puissent cultiver collectivement les terres. C’est la solution qui a été mise en place en 1981 au Larzac, après l’abandon du projet d’extension d’un camp militaire :


CHRONOLOGIE DES REBONDISSEMENTS DEPUIS L’ABANDON DU PROJET D’AÉROPORT

Le 17 janvier 2018, jour historique sur la Zad.

Le Premier ministre, Édouard Philippe, a annoncé l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes le 17 janvier 2018, à l’Élysée à l’issue du Conseil des ministres. Il a précisé que l’aéroport actuel de Nantes Atlantique serait agrandi, que les habitants « illégaux » de la Zad de Notre-Dame-des-Landes devront quitter les lieux avant le printemps et que le site conservera une vocation agricole.

Les composantes de la lutte anti-aéroport ont publié quelques heures après un communiqué commun réclamant le recouvrement de leurs terres pour les paysans et habitants expropriés et « la prise en charge à long terme des terres de la Zad par le mouvement dans toute sa diversité ». Elles se sont engagées à rouvrir la route D281, dite « route des chicanes », fermée à la circulation depuis 2013 :

La « route des chicanes » a effectivement été nettoyée le 22 janvier 2018, comme l’ont raconté Françoise Verchère et Pascale Chiron à Reporterre :

L’abandon du projet d’aéroport a été officiellement fêté le 10 février 2018. Reporterre y était et a réalisé un reportage vidéo de la journée :





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Lire aussi : Ambiance sereine sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes, malgré la fin de la trêve hivernale

Source : Émilie Massemin pour Reporterre

Photos :
. chapô : Sur le phare de La Rolandière, le 17 janvier 2018 (© Emmanuel Brossier/Reporterre)
. Notre rêve des Landes : Flickr (Jim/CC BY-NC-ND 2.0)
. terres : capture de la vidéo « Je n’étais jamais venue sur la Zad », sur Youtube
. célébrations : © Emmanuel Brossier/Reporterre

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