Robin, mutilé par une grenade, écrit à Maxime, qui a perdu sa main sur la Zad : « La solidarité est notre arme »

25 mai 2018

En août 2017, à Bure, Robin a été grièvement blessé au pied par une grenade. Il écrit à Maxime, dont la main a été arrachée par une grenade sur la Zad. « La solidarité est notre arme et jamais la peur ne doit nous arrêter. La vie continue, le combat pour elle aussi. Maxime, tiens bon ! »

Pour Maxime, mutilé sur la Zad le 22 mai 2018 — lettre de Robin, mutilé à Bure le 15 août 2017.

Mettre des mots sur l’horreur.
Ne pas céder à la résignation. Au terrorisme d’État.
Malgré le stylo qui tremble, écrire. Témoigner.

Ne pas se laisser écraser par le concert d’opérations sémantiques, de propagande préventive et de censure qui cherche à nous couper de notre empathie et de la révolte qu’elle devrait spontanément engendrer.
Maxime vient de perdre sa main. Sa main droite. Pour toujours.

Il rejoint bien plus gravement encore l’enfer que j’ai vécu durant 9 mois.
Le 15 août 2017, à Bure, l’explosion d’une grenade GLI-F4 tirée par les gendarmes mobiles creusait mon pied gauche sur un diamètre de 13 cm et jusqu’à 3 cm de profondeur, arrachant peau, veines, nerfs, muscles et pulvérisant les os. C’était pendant une manifestation contre le projet Cigéo d’enfouissement de déchets radioactifs à 500 m de profondeur. Il y a eu 30 blessés, dont 4 graves.

Contrairement à ce que leur nom indique, les grenades GLI-F4 contiennent de la TNT et explosent ! Leurs déflagrations font 1 m de diamètre et peuvent tuer si elles touchent une partie vitale. Les appellations de « lacrymogènes » ou d’« assourdissantes » que la préfecture et les ministres leur donnent dans les médias servent à masquer la vérité à leur sujet : CE SONT DES ARMES DE GUERRE !

L’État utilise des armes de guerre pour terrasser le peuple. Dans le cas présent, les conséquences sont bien pires qu’un tir à balle réelle.

Déjà, à l’époque, j’avais alerté sur les dangers des grenades explosives en organisant une manifestation pour exiger leur interdiction mais les grandes chaînes ont cantonné l’information à la région lorraine. La majorité des Français ignore encore la vérité sur ce sujet.

Il est tombé près de 4.000 grenades explosives sur la Zad depuis le début de son invasion par les gendarmes mobiles. Provoquant des centaines et des centaines de blessés, notamment à cause des éclats de métal qu’elles projettent. Où est la violence ?

Maxime est actuellement à l’hôpital.

Outre les intenses douleurs et le fort traumatisme qui le suivront nuit et jour, il devra désormais supporter ce handicap inimaginable : vivre avec une seule main.

Cette main, que l’explosion lui a arrachée sur le coup, l’État lui a volé pour prix de son combat, pour prix de notre combat. Dans les dernières décennies, la militarisation du maintien de l’ordre a fait couler trop de sang.
Combien d’éborgnés ? Combien de mutilés ? Combien de vies déchirées par l’utilisation criminelle des flashballs et des grenades explosives ?

La violence de l’État pour mater toute résistance est extrême. Elle cherche à nous terroriser, à nous acculer à la résignation. Face à cela, la solidarité est notre arme et jamais la peur ne doit nous arrêter.

Proches, moins proches et tous ceux qui croiseront la route de Maxime, prenez soin de lui ! Tenez bon ! Il y a mille et une manières de lui apporter ce qui lui permettra de vivre. Écoutez-le, cherchez, trouvez !

La vie continue, le combat pour elle aussi.
Maxime, tiens bon !





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Source : courriel à Reporterre

Photo : Robin Pagès, le 10 septembre 2017 (© Irène Gunepin).

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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